Interview de Valérie Garnier, de l’URPS Pharmaciens

Présidente de l’URPS Pharmaciens Occitanie, Valérie Garnier fait le point sur la « période Covid », ses contraintes et ses nécessités. Professionnels de première ligne, les pharmaciens, qui n’ont pas épargné leur énergie, démontrent que leur organisation et leurs modes d’échanges avec les autres professionnels de santé les ont aidé à tenir bon malgré la tourmente.

Comment allez-vous, dans ce long moment sanitaire ?

Je pense que tout le monde est fatigué… C’est valable pour n’importe quel citoyen actuellement ! Dans le cas des pharmaciens, il faut dire que l’on n’a pas pris de repos depuis le début de la crise. Il a fallu qu’on assure jour après jour, malgré les équipes des fois impactées elles-mêmes par la Covid. Il fallait être là, surtout lors du premier confinement, où l’on a été en première ligne pour répondre à toutes les angoisses de la population. On ne s’est pas trop reposés, et c’est reparti entre-temps, avec beaucoup de sollicitations. Parce que les personnes ont toujours la crainte d’aller dans des lieux où ils peuvent rencontrer du monde, on continue d’effectuer des livraisons à domicile quand cela peut poser problème de venir à la pharmacie. Et l’on continue toujours à répondre aux angoisses : questionnements sur les vaccins, ce qu’on pense des masques, quel masque il faut utiliser… toutes ces choses liées à la crise Covid-19.

Comment vous organisez-vous en ce moment pour accompagner les besoins de la population du territoire de l’Occitanie ?

On s’organise un peu comme on s’est toujours organisés : on essaie de faire au mieux pour être présents. Il faut noter que malgré le couvre-feu à 18h, les pharmacies font partie de ces commerces essentiels qui peuvent maintenir leurs horaires normaux. On est là pour assumer les demandes des patients qui sortent tard d’un cabinet médical, ou autre. À partir de 18h, on sent qu’on passe un autre cap, qu’on entre dans une ambiance particulière, on n’entre pas dans « le cœur de la nuit » , mais presque – comme si on était de garde pour les personnes qui ont un besoin urgent de médicaments !

Pour le reste, c’est toujours pareil : on essaie d’être présents au maximum, de répondre aux questionnements. On avait commencé à développer le télé-soin (la possibilité donnée aux infirmiers, aux orthophonistes et aux pharmaciens de pouvoir effectuer un échange visuel à distance, par l’intermédiaire des portables ou des ordinateurs, de se mettre en communication pour répondre à des questionnements, faire des bilans de médication sans obliger la personne à se déplacer, et respecter les distanciations sociales) – comme une téléconsultation. La personne peut nous solliciter, ou on peut lui donner un rendez-vous pour lui expliquer son traitement, et elle reçoit une notification d’un rendez-vous. On est toujours en expérimentation, mais la généralisation à toutes les officines sera pour fin 2021, je pense.
Ce système-là a été mis en avant officiellement au niveau national pendant le confinement, pour des patients habituels de l’officine. Au niveau de l’URPS, on a voulu exploiter l’outil au maximum, et le mettre à disposition des patients qui ne venaient pas à l’officine (parce qu’ils ne peuvent pas se déplacer par exemple) auxquels on peut donner des conseils. Dans ce cas-là, quand ça sortait des sentiers autorisés officiellement (comme les bilans de médication), c’était l’URPS qui prenait en charge l’indemnisation du pharmacien, dans le cadre d’une expérimentation.

Dans le cadre de tous ces aménagements « spécial Covid-19 », que vous a permis l’organisation en inter-URPS ?

L’inter URPS, c’est quelque chose d’essentiel et qui marche très bien. Dans notre région, cela marche depuis déjà un certain temps. Cela nous a permis, avec les 10 professions, d’appréhender tous ensemble cette crise Covid. On est toujours restés en relation, on a toujours discuté sur les sujets qui pouvaient poser problème, et pour lesquels il fallait qu’on travaille d’une même voix. Quand il y a eu la distribution des masques en officine, au début, c’était un petit peu la panique chez les professionnels, qui essayaient de se dépanner partout où ils pouvaient, dans toutes les pharmacies. On a essayé avec les autres URPS d’organiser cela à tête reposée, pour ne pas que ce soit la foire d’empoigne sur le terrain. On communique énormément, par mail, par visio, et c’est un appui essentiel.

Est-ce que vous voyez des points qui sont encore à améliorer, ou que vous appelez de vos vœux au sein de ces inter-URPS ?

Pas à améliorer, mais à poursuivre je dirais : l’accompagnement des projets de CPTS, c’est vraiment le sujet à faire perdurer. On le travaille déjà en inter-URPS, mais il faut continuer à amplifier le mouvement. C’est le gros challenge qu’on a relevé ensemble, avec les dix URPS, pour les mois qui arrivent notamment, où tout va commencer à s’organiser et à se concrétiser auprès de la région au niveau des CPTS et d’une géographie qui va s’affiner. Là, il faudra qu’on continue et qu’on amplifie l’accompagnement.
Pour l’inter-URPS en rapport avec la Covid : il est évident dans cette structuration que le sujet « gestion des crises sanitaires » devra faire partie des points qui devront être mis en avant dans les projets de CPTS que l’on va accompagner.


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